LA CLÉ DE LA LIBÉRATION

LA CLÉ DE LA LIBÉRATION
par le Vénérable Ajahn Chah
(Merci buddhachannel (encore...))

C'est parce que la souffrance et ses causes existent déjà ici et maintenant. En contemplant la cause de la souffrance, vous devez comprendre ceci : quand ce que nous appelons l'esprit est calme, il est dans un état de normalité. Dès qu'il bouge, il devient sankhara (ce qui est façonné ou fabriqué). Lorsque l'attirance apparaît dans l'esprit, c'est sankhara. S'il y a le désir d'aller ici et là, c'est sankhara. Tant que vous n'êtes pas attentifs à ces sankharas, vous aurez tendance à courir après et à être conditionnés par eux. Où que l'esprit se meuve, il devient sammuti-sankhara – imbriqué dans le monde conditionné – à ce moment. Et ce sont ces sankharas – ces mouvements de l'esprit – que le Bouddha nous a enseigné à contempler.

Chaque fois que l'esprit bouge, il est aniccam (impermanent), dukkham (souffrance, insatisfaction) et anatta (non soi) . Le Bouddha nous a appris à observer et contempler ceci. Il nous a appris à contempler les sankharas qui conditionnent l'esprit. Contemplez-les à la lumière de l'enseignement de paticcasamuppada (la loi des origines interdépendante, ou chaîne de la production conditionnée) : avijja (l'ignorance) conditionne sankhara (les formations karmiques) ; sankhara conditionne viññana (la conscience) ; viññana conditionne nama (le mental) et rupa (la matière) ; et ainsi de suite.

Vous avez déjà étudié et lu des livres à ce sujet, et ce qui y est présenté est en soi correct, mais en réalité vous n'êtes pas capable de suivre ce processus à mesure qu'il se produit dans les faits. C'est comme tomber d'un arbre : en un éclair, vous êtes tombés du sommet de l'arbre jusqu'au sol, et vous n'avez aucune idée du nombre de branches qui ont passé pendant la chute. Lorsque l'esprit fait l'expérience d'un arammana (objet de l'esprit) et se trouve attiré par lui, tout à coup vous faites l'expérience d'une bonne humeur sans être conscient des causes et des conditions qui l'ont engendré. Bien sûr, à un niveau le processus se déroule selon la théorie décrite dans les écrits, mais en même temps il va au-delà des limitations de la théorie. En réalité, il n'y a aucun signe qui vous dit que maintenant c'est avijja, maintenant c'est sankhara, ensuite c'est viññana, là c'est nama et rupa et ainsi de suite. Ces érudits qui voient ça de cette manière n'ont pas l'occasion de lire la liste en même temps que le processus se déroule. Bien que le Bouddha ait analysé un moment de conscience et ait décrit toutes les différentes parties qui le composent, pour moi c'est plus comme tomber d'un arbre – tout se déroule si vite que vous n'avez pas le temps de vous rendre compte jusqu'où vous êtes tombés et où vous en êtes à n'importe quel moment donné. Ce que vous savez c'est que vous avez heurté le sol d'un coup sourd, et que ça fait mal !


Ce qui a lieu dans l'esprit est similaire. Normalement, lorsque vous faites l'expérience de la souffrance, tout ce que vous voyez vraiment c'est le résultat final, qu'il y a de la souffrance, de la douleur, du chagrin et du désespoir présents dans l'esprit. Vous ne savez pas vraiment d'où ça vient – ce n'est pas quelque chose que vous trouverez dans les livres. Il n'y a aucun endroit dans les livres où sont décrits les détails complexes de votre souffrance et ses causes. La réalité suit le même cours que la théorie exposée dans les écrits, mais ceux qui ne font qu'étudier les livres et ne les dépassent jamais sont incapables de suivre ces choses telles qu'elles arrivent dans la réalité.

Ainsi le Bouddha a enseigné à demeurer comme « ce qui sait » et de simplement être témoin de ce qui apparaît. Une fois que vous avez entraîné votre attention à demeurer comme "ce qui sait" et avez examiné l'esprit et les facteurs mentaux, vous verrez l'esprit comme anatta (non-soi).Vous verrez qu'au fond toute formation mentale et physique sont des choses dont il faut lâcher prise et il vous sera clair que c'est idiot de s'y attacher ou d'y accorder une importance excessive. Le Bouddha ne nous a pas appris à étudier l'esprit et les facteurs mentaux pour s'y attacher, il a simplement enseigné à les connaître comme aniccam, dukkham, anatta. L'essence de la pratique bouddhiste est alors d'en lâcher prise et de les mettre de côté. Vous devez établir et soutenir une conscience de l'esprit et des facteurs mentaux comme ils apparaissent. En fait l'esprit a été élevé et conditionné à se détourner de cet état naturel d'attention, donnant lieu à des sankhara qui le concoctent et le façonnent d'avantage. Il s'est donc habitué à l'expérience d'une prolifération mentale constante et à toutes sortes de conditionnements, à la fois sains et malsains. Le Bouddha nous a enseigné à lâcher prise de tout ça, mais avant de pouvoir commencer à lâcher prise, il vous faut d'abord étudier et pratiquer. Ceci est en accord avec la nature – la manière dont sont les choses. L'esprit est juste comme ça, les facteurs mentaux sont juste comme ça – c'est simplement comme ceci.

Considérez magga (le Noble Octuple Chemin), qui est fondé sur pañña ou la Vue Correcte. S'il y a la Vue Correcte il s'ensuit qu'il y a l'Intention Correcte, la Parole Correcte, l'Action Correcte, le Mode de Vie Correcte et ainsi de suite. Ceux-ci impliquent tous nécessairement des facteurs mentaux qui naissent de la connaissance. La connaissance est comme une lanterne. S'il y a la Connaissance Correcte, chaque aspect du chemin en sera imprégné, donnant naissance à l'Intention Correcte, la Parole Correcte et ainsi de suite, tout comme la lumière d'une lanterne illuminant le chemin sur lequel vous devez voyager. Au bout du compte, quelle que soit l'expérience que fasse l'esprit, elle doit prendre naissance dans la connaissance. Si l'esprit n'existait pas, la connaissance ne pourrait pas exister non plus. Voilà les caractéristiques essentielles de l'esprit et des facteurs mentaux. Toutes ces choses sont des phénomènes mentaux. Le Bouddha nous a enseigné que l'esprit, c'est l'esprit – ce n'est pas un être vivant, une personne, un « moi », un « nous » ou un « eux ». Le Dhamma c'est le Dhamma – ce n'est pas un être vivant, une personne, un « moi », un « nous » ou un « eux ». Il n'y a rien qui soit substantiel. Quel que soit l'aspect de cette existence individuelle que vous choisissiez, que ce soit par exemple vedana (les sensations) ou sañña (la perception), on en revient chaque fois aux cinq khandas (les agrégats). Il faut donc lâcher prise de cela.

La méditation, c'est comme une planche de bois.
Disons que vipassana (la vision pénétrante) représente une extrémité de la planche et que samatha (la concentration) représente l'autre.
Si vous deviez soulever la planche, n'y a-t-il qu'une des extrémités qui monterait, ou les deux ?
Evidemment , lorsque vous soulevez la planche, les deux extrémités montent. Qu'estce que le vipassana ? Qu'est-ce que le samatha ? Ils sont l'esprit lui-même. D'abord l'esprit s'apaise par la pratique de samatha, par le samadhi (la fermeté d'esprit). En développant samadhi vous pouvez rendre l'esprit paisible. Toutefois, si cette paix de samadhi disparaît, la souffrance apparaît. Pourquoi la souffrance apparaît-elle ? Parce que le genre de paix qui vient par samatha est elle-même samudaya (la Noble Vérité de l'Origine de la Souffrance). C'est une cause pour qu'apparaisse la souffrance. Malgré le fait qu'un certain état d'apaisement ait été atteint, la pratique n'est pas encore terminée. Le Bouddha l'a vu dans sa propre expérience, ceci n'est pas la fin de la pratique.

Le processus du devenir ne s'est pas encore complètement épuisé ; les conditions de naissance continuelle existent encore ; la pratique de la Vie Sainte est encore incomplète. Pourquoi est-elle incomplète ? Parce que la souffrance existe encore. Il a donc repris le calme de samatha et a continué à le contempler, en investiguant pour gagner en vision pénétrante jusqu'à ce qu'il n'y soit plus attaché. Un tel calme est une sorte de sankhara et fait encore partie du monde des conditions et des conventions. S'attacher au calme de samatha signifie s'attacher au monde des conditions et des conventions, et tant que vous êtes attachés au monde des conditions et des conventions, vous êtes attachés au devenir et à la naissance. Cet acte de se délecter à la tranquillité de samatha est un devenir et une naissance. Quand cette pensée sans repos et agitée disparaît par la pratique de samatha, l'esprit s'attache à la paix qui en résulte, mais c'est une autre forme de devenir. Ca mène encore à une naissance de plus. Le cycle du devenir et de la naissance apparut à nouveau et, évidemment, le Bouddha en fut immédiatement conscient.

Le Bouddha résolut de contempler les causes derrière le devenir et la naissance. Tant qu'il était incapable de complètement comprendre la vérité de ce sujet, il continua à utiliser l'esprit tranquille comme moyen pour pénétrer de plus en plus profondément dans sa contemplation. Il réfléchit sur toutes les formations qui apparaissaient, paisibles ou agitées, jusqu'à ce qu'il vît enfin que toutes les conditions étaient comme une boule de fer chauffée à blanc. Les cinq khandas sont exactement comme ça. Quand un morceau de fer est complètement chauffé à blanc, y en a-t-il une partie que vous puissiez toucher sans vous brûler ? Y en a-t-il même une seule qui soit froide ? Si vous essayiez de le toucher dessus, sur les côtés, dessous, ou n'importe où, seriez-vous capables de trouver un seul endroit qui soit froid ? Évidement il n'y aurait aucune partie froide, car ce morceau de fer est chauffé à blanc partout. De façon similaire, chacun des cinq khandhas est, au contact, comme chauffé à blanc. C'est une erreur de s'attacher aux états d'esprit calmes, ou de penser que le calme c'est vous ou qu'il y a un soi qui soit calme. Si vous présumez que le calme c'est vous, ou qu'il y a quelqu'un qui soit calme, ça ne fait que renforcer l'idée qu'il y a une entité solide, un soi ou atta. Mais ce sentiment de soi n'est qu'une réalité conventionnelle. Si vous vous attachez à la pensée « je suis paisible », « je suis bon », « je suis mauvais », « je suis heureux » ou « je souffre », ça veut dire que vous êtes pris dans davantage de devenir et de naissance. C'est encore de la souffrance. Lorsque le bonheur disparaît ça se change en souffrance. Lorsque la souffrance disparaît ça se change en bonheur. Et vous vous retrouvez pris à tourniquer sans cesse entre bonheur et souffrance, ciel et enfer, incapable d'y mettre une halte.

Le Bouddha observa que son esprit était ainsi conditionné et vit que les causes du devenir et de la naissance étaient encore présentes, et la pratique encore inachevée. Par conséquent il approfondit sa contemplation de la vraie nature des sankharas – parce qu'une cause existe, il y a donc naissance et mort, et ces caractéristiques de mouvements d'aller et retour dans l'esprit. Il contempla ceci continuellement afin de voir clairement la vérité des cinq khandas. Tout phénomène physique et tout phénomène mental et tout ce que pense l'esprit sont des sankharas.

Le Bouddha a enseigné qu'une fois que vous avez discerné cela, vous lâcherez prise, vous les abandonnerez. Ces choses doivent être connues comme elles sont en réalité. Tant que vous ne connaissez pas les choses selon la vérité vous n'avez pas de choix que de souffrir. Vous ne pouvez pas les lâcher. Mais une fois que vous avez pénétré la vérité et comprenez comment sont les choses, vous voyez ces choses comme trompeuses. C'est ce que voulait dire le Bouddha lorsqu'il expliquait qu'au fond, l'esprit qui a vu la vérité de « comment sont les choses » est vide, il est de façon inhérente démêlé de tout. Il n'est pas né en appartenant à quelqu'un et il ne meurt pas en appartenant à quelqu'un. Il est libre. Il est clair et radieux, libre de toute implication avec des affaires et sujets extérieurs. La raison pour laquelle il s'empêtre dans les affaires externes est qu'il est induit en erreur par les sankharas et le sentiment de soi.

Le Bouddha nous a enseigné à regarder attentivement l'esprit. Au début, qu'y avait-il ? Il n'y avait en fait rien. Le processus de naissance et de devenir et ces mouvements de l'esprit ne sont pas nés avec et ne meurent pas avec. Quand l'esprit du Bouddha rencontrait des objets de l'esprit agréables, il ne s'en ravissait pas. Au contact d'objets de l'esprit désagréables, il ne leur est pas devenu contraire – parce qu'il avait une connaissance claire et une vision pénétrante de la nature de l'esprit. Il y avait la connaissance pénétrante que tous ces phénomènes n'ont pas de véritable substance ou d'essence propre. Il les vit comme aniccam, dukkham, anatta et maintint cette vision pénétrante et profonde pendant toute sa pratique.

C'est la connaissance, le fait de connaître, qui discerne la vérité de comment sont les choses. La connaissance ne devient pas ravie ou triste à cause des choses. La condition « d'être ravi » c'est la « naissance » et la condition « d'être en détresse » c'est la « mort ». S'il y a mort il doit y avoir naissance, s'il y a naissance il doit y avoir mort. Ce processus de naissance et de mort est vatta – le cycle de naissance et de mort qui continue sans fin.

Tant que l'esprit du pratiquant est conditionné et ainsi remué, il ne peut y avoir aucun doute quant à la présence des causes du devenir et de la renaissance ; il n'y a pas besoin de le demander à qui que ce soit. Le Bouddha contempla minutieusement les caractéristiques des sankharas et comme résultat pu les relâcher ainsi que lâcher prise de chacun des cinq khandas. Il devint un observateur indépendant, simplement en admettant leur existence et rien de plus. S'il faisait l'expérience d'objets de l'esprit plaisants, il ne s'en entichait pas, mais les regardait simplement et en restait conscient. S'il faisait l'expérience d'objets de l'esprit déplaisants, il ne leur devenait pas contraire. Et pourquoi cela ? Parce qu'il avait discerné la vérité et donc les causes et les conditions de futures naissances avaient été coupées. Les conditions soutenant la naissance n'existaient plus. Son esprit avait progressé dans la pratique au point de gagner confiance et certitude en sa propre compréhension. C'était un esprit véritablement paisible – libre de la naissance, du vieillissement, de la maladie et la mort. Il était ce qui n'était ni cause ni effet, ni dépendant des causes et effets ; il était indépendant du processus de conditionnement causal. Il ne restait pas de causes, elles avaient été épuisées. Son esprit avait transcendé la naissance et la mort, le bonheur et la souffrance, le bien et le mal. Il était au-delà des limitations des mots et des concepts. Il n'y avait plus aucune condition pour donner naissance à l'attachement dans son esprit. Quoi qu'il y ait en rapport à l'attachement à la naissance, à la mort et au processus de conditionnement causal serait une matière de l'esprit et des facteurs mentaux.

L'esprit et les facteurs mentaux font partie de la réalité. Ils existent vraiment dans la réalité conventionnelle, mais le Bouddha a vu que peu importe ce que nous connaissons à leur sujet ou combien nous croyons en eux, nous n'en bénéficions que peu. Ce n'est pas le moyen de trouver une vraie paix. Il a enseigné qu'une fois que vous les connaissez, il vous faut les reposer, y renoncer, en lâcher prise, parce que l'esprit et les facteurs mentaux sont exactement ces choses qui vous amènent à la fois à ce qui est faux et à ce qui est juste. L'esprit et les facteurs mentaux sont le monde. Le Bouddha a utilisé les choses du monde pour observer le monde. Ayant observé la façon dont les choses sont, il vint à connaître le monde et se décrivit comme étant lokavidu – quelqu'un qui connaît clairement le monde.

Samatha et vipassana doivent être développés en vous-mêmes avant de pouvoir vraiment connaître la vérité. Il est possible d'étudier les livres pour acquérir une connaissance théorique de l'esprit et des facteurs mentaux, mais dans les faits, vous ne pouvez pas utiliser ce genre de connaissance pour éliminer la cupidité, la haine et l'illusion. Vous n'avez étudié que les caractéristiques externes de la cupidité, la haine et l'illusion et ne faites que décrire les différents traits des souillures (kandha)... la cupidité est comme-ci, la haine est comme-ça et ainsi de suite. Vous n'en connaissez que les caractéristiques externes et les apparences superficielles, et ne pouvez en parler qu'à ce niveau. Vous avez peut-être développé la conscience et la vision pénétrante, mais la chose importante est qu'en fait lorsque les souillures apparaissent dans l'esprit, celui-ci en subit-il le contrôle et en prend-il les traits ? Par exemple, quand vous rencontrez un objet de l'esprit indésirable, une réaction se produit qui amène l'esprit à prendre certaines caractéristiques. Vous attachez-vous à cette réaction ? Pouvez-vous lâcher prise de votre réaction ? Une fois que vous vous apercevez de l'aversion qui est apparue, est-ce que « ce qui connaît » stocke cette aversion dans l'esprit, ou l'ayant vu, « ce qui connaît » est-il capable d'en lâcher prise immédiatement ?

Si, ayant fait l'expérience de quelque chose que vous n'aimez pas, vous stockez tout de même de l'aversion dans l'esprit, il vous faut ramener votre pratique à la case départ. Parce que vous êtes encore en faute, la pratique n'est toujours pas parfaite. Si elle atteint la perfection, l'esprit lâchera automatiquement prise des choses. Regardez la pratique de cette manière-là. Il vous faut vraiment regarder profondément dans votre esprit pour que la pratique devienne paccatam. Si vous essayiez de décrire l'esprit et les facteurs mentaux en termes du nombre de moments différents de conscience et de leurs différentes caractéristiques d'après la théorie, ce ne serait même pas suffisant. La vérité tient à bien plus que ça. Si vous allez vraiment apprendre ces choses-là, vous devez acquérir une vision pénétrante claire et une compréhension directe pour les pénétrer. Si vous n'avez pas de vraie vision pénétrante, comment ferez-vous pour dépasser la théorie ? C'est sans fin. Vous devriez l'étudier indéfiniment.

Ainsi la pratique est-elle la chose la plus importante. Dans ma propre pratique, je n'ai pas passé tout mon temps à étudier toutes les descriptions théoriques de l'esprit et des facteurs mentaux – j'ai observé « ce qui connaît ». Quand l'esprit avait des pensées d'aversion, je demandais : « Pourquoi y a-t-il de l'aversion ? ». S'il y avait de l'attrait, je demandais : « Pourquoi y a-t-il de l'attrait ? ». C'est ça la façon de pratiquer. Je ne connaissais pas tous les détails plus fins de la théorie et je n'ai pas plongé dans un découpage analytique détaillé de l'esprit et des facteurs mentaux. Je n'ai fait que pousser doucement à cet unique point de l'esprit jusqu'à ce que je sois capable de régler toute la question de l'aversion et de l'attrait et de le faire complètement disparaître. Quoi qu'il arrivait, si je pouvais amener mon esprit à l'endroit où il arrêtait d'aimer ou de ne pas aimer4, il était allé au-delà de la souffrance. Il avait atteint l'endroit où il pouvait demeurer à l'aise, quelle que soit la chose dont il fît l'expérience. Il n'y avait pas de soif ni d'attachement... il s'était arrêté. Voilà ce que vous visez dans la pratique. Si d'autres personnes veulent beaucoup parler de la théorie, c'est leur affaire. Au bout du compte, malgré tout ce qu'on peut en dire, la pratique en est revenue à cet endroit. Même si vous n'en parlez pas beaucoup, alors là encore la pratique revient à cet endroit. Que vous prolifériez peu ou prou, cela en revient tout à ça. S'il y a la naissance, ça vient de ça.

S'il y a l'extinction, c'est là que se passe l'extinction. Peu importe combien l'esprit prolifère, ça ne fait aucune différence. Le Bouddha a appelé cet endroit « ce qui sait ». Ça a la fonction de savoir selon la vérité comment sont les choses. Une fois que vous avez vraiment discerné la vérité, vous savez automatiquement comment sont l'esprit et les facteurs mentaux. L'esprit est les facteurs mentaux vous déçoivent constamment, sans s'arrêter une seule minute. Lorsque vous étudiez les livres, vous ne faites qu'étudier la forme externe de cette déception. Même pendant que vous étudiez ces choses, elles sont en train de vous décevoir – il n'y a pas d'autre façon de le dire. C'est comme ça. L'intention de Bouddha n'était pas que vous ne connaissiez la souffrance et les souillures que de nom, son but était que vous trouviez la façon de pratiquer qui vous mène à transcender la souffrance. Il a enseigné qu'il fallait investiguer et trouver la cause de la souffrance du niveau le plus fondamental au niveau le plus raffiné. De mon côté, j'ai pu pratiquer sans grande quantité de connaissance théorique. Il suffit de savoir que le Chemin commence avec sila (la retenue morale). Sila est ce qui est beau au commencement. Samadhi est ce qui est beau au milieu. Pañña (la sagesse) est ce qui est beau à la fin. A mesure que vous approfondissez votre pratique et votre contemplation de ces trois aspects, ils se fondent et deviennent un seul, même si vous pouvez toujours les voir comme trois parties séparées de la pratique.
Comme condition préalable pour se former à sila, pañña doit en fait être là, mais on dit habituellement que la pratique commence avec sila. C'est la fondation. C'est juste que pañña est le facteur qui détermine combien la pratique de sila aura de succès et si elle sera complète. Il vous faut contempler vos paroles et vos actes et investiguer le processus de cause à effet – ce qui est une fonction de pañña. Vous devez dépendre de pañña avant que sila puisse être établi.

Selon la théorie, on dit que c'est sila, samadhi et puis pañña ; mais j'y ai réfléchi et j'ai trouvé que pañña sous-tend tous les autres aspects de la pratique. Il vous faut comprendre complètement les effets de vos paroles et de vos actes sur l'esprit et comment il se fait qu'ils peuvent engendrer des résultats nocifs. Par la réflexion raisonnée vous utilisez pañña pour guider, contrôler et par là-même purifier vos actes et vos paroles. Si vous connaissez les différentes caractéristiques de vos actes et de vos paroles qui sont conditionnés par des états mentaux à la fois sains et malsains, vous verrez le lieu de la pratique. Vous voyez que si vous allez cultiver sila, ça implique d'abandonner le mal et de faire le bien ; d'abandonner ce qui est faux et de faire ce qui est juste. Une fois que l'esprit a cessé de faire ce qui est faux et a cultivé ce qui est juste, il se retournera automatiquement vers l'intérieur pour se focaliser sur lui-même et devenir ferme et stable. Lorsqu'il est libre du doute et de l'incertitude quant aux paroles et aux actes, l'esprit sera résolu et inébranlable, fournissant la base sur laquelle devenir fermement concentré dans samadhi.
Cette concentration ferme forme la deuxième source la plus puissante d'énergie dans la pratique, vous permettant de contempler de façon plus complète les visions, les sons et les autres objets des sens dont vous faites l'expérience. Une fois que l'esprit est établi avec un calme et une attention fermes et inébranlables, vous pouvez entamer la contemplation soutenue de la forme, de la sensation, de la perception, de la pensée et de la conscience, ainsi que des visions, des sons, des odeurs, des goûts, des sensations tactiles et des objets de l'esprit, et voir que tous ceux-ci sont constamment en train d'apparaître. Il en résulte que vous acquérrez des visions pénétrantes de la vérité de ces phénomènes et de comment ils apparaissent selon leur propre nature. Quand il y a une conscience continue, c'est la cause pour que naisse pañña. Une fois qu'il y a la connaissance selon la véritable nature de comment les choses sont, votre vieille sañña et votre sens de « moi » seront petit à petit déracinés de leur conditionnement antérieur et seront transformés en pañña. Au bout du compte, sila, samadhi et pañña se fonderont dans la pratique en un tout durable et unifié.

A mesure que pañña se renforce, il agit pour le développement de samadhi qui devient plus stable et inébranlable. Plus samadhi devient ferme, plus sila devient résolu et complet. A mesure que sila est perfectionné, il nourrit samadhi, et le renforcement de samadhi mène à la maturation de pañña. Ces trois aspects de la pratique sont en fait inséparables – tant ils se recouvrent. Grandissant ensemble ils forment ce que le Bouddha appelait magga, le Chemin.

Lorsque sila, samadhi et pañña atteignent leur sommet, magga a suffisamment de pouvoir pour détruire les kilesa5. Que ce soit la cupidité, la haine ou l'illusion qui apparaisse, il n'y a que la force de magga qui soit capable de les détruire.

Les Quatre Nobles Vérités enseignées par le Bouddha comme cadre de référence pour la pratique sont : dukkha (la souffrance), samudaya (la cause de la souffrance), nirodha (la fin de la souffrance), et magga (le chemin menant à la fin de la souffrance) qui consiste en sila, samadhi et pañña – des modes d'entraînement qui existent dans l'esprit. Bien que je dise ces trois mots – sila, samadhi et pañña – à haute voix, ils n'existent pas extérieurement, mais prennent racine dans l'esprit lui-même.

C'est de la nature de sila, samadhi et pañña d'être à l'oeuvre en continu, mûrissant toujours. Si magga est fort dans l'esprit, quels que soient les objets dont il est fait l'expérience – que ce soit des formes, des sons, des odeurs, des goûts, des sensations tactiles ou des pensées – il sera aux commandes. Si magga est fort, il détruira les kilesa. Quand il est faible et les kilesa sont forts, magga sera détruit. Les kilesa peuvent détruire votre coeur lui-même. Si la présence d'esprit n'est pas assez rapide quand les formes, les sensations, les perceptions et les pensées apparaissent dans la conscience, ils peuvent vous détruire. Ainsi magga et les kilesa avancent côte à côte.
L'endroit où vous placez l'effort dans la pratique est le coeur.
Vous devez continuer à lutter avec les kilesa chaque pas le Kilesa :
souillures ; les choses qui souillent ou tachent le coeur, dont : la haine, l'illusion, l'agitation, etc....

C'est comme si deux personnes différentes se querellaient dans votre esprit, mais c'est juste magga et les kilesa qui se battent entre eux. Magga fonctionne comme contrôle de l'esprit et encourage votre capacité à contempler le Dhamma. Tant que vous serez capable de contempler, les kilesa perdront la bataille. Mais si à un quelconque instant votre pratique faiblit et les kilesa reprennent leurs forces, magga disparaîtra et les kilesa prendront sa place. Les deux côtés continuent ainsi nécessairement leur combat jusqu'à ce qu'il y ait un vainqueur et que l'affaire soit réglée. Si vous centrez vos effort sur le développement de magga, il continuera à détruire les souillures. Au bout du compte, dukkha, samudaya, nirodha et magga viendront à exister dans votre coeur – c'est là que vous aurez vraiment pratiqué avec les Quatre Nobles Vérités et que vous les aurez pénétrées.
Quelle que soit la souffrance qui apparaisse, quelle que soit sa forme, elle doit avoir une cause – c'est samudaya, la deuxième Noble Vérité. Quelle est la cause ? La cause est que votre pratique de sila, samadhi et pañña est faible. Quand magga est faible, les kilesa peuvent avoir prise sur l'esprit.

Quand ils prennent vraiment le pouvoir dans l'esprit, ils deviennent samudaya et donnent inévitablement naissance à différentes sortes de souffrance. Si la souffrance apparaît ça veut dire que l'aspect qui est capable d'éteindre la souffrance a disparu. Les facteurs qui donnent naissance à magga sont sila, samadhi et pañña. Quand ils auront atteint le sommet de leur force, la pratique de magga avancera inexorablement, et détruira samudaya – ce qui est capable de causer de la souffrance dans l'esprit. C'est alors – lorsque la souffrance est tenue en attente, incapable d'apparaître parce que la pratique de magga s'affaire à trancher au travers des kilesa – qu'en fait la souffrance s'éteint dans l'esprit. Pourquoi êtes-vous capables d'éteindre la souffrance ? Parce que la pratique de sila, samadhi et pañña a atteint son plus haut niveau, ce qui veut dire que magga a atteint le niveau à partir duquel son progrès devient inévitable. Je dis que si vous pouvez pratiquer ainsi, ça n'aura plus d'importance de savoir où vous en êtes dans l'étude des connaissances théoriques de l'esprit et les facteurs mentaux, parce qu'au bout du compte, tout s'unit en cet endroit unique. Si l'esprit a transcendé la connaissance conceptuelle, il sera très confiant et certain dans la pratique, étant allé au-delà de tout doute. Même s'il commence à se promener, vous n'aurez pas à aller le chercher bien loin pour le ramener sur le chemin.

A quoi ressemblent les feuilles du manguier ? Il suffit d'en ramasser une et de l'observer pour le savoir. Même si vous en observez dix mille, vous n'en saurez pas plus qu'en observant une seule feuille. Elles sont essentiellement toutes pareilles. En regardant une feuille, vous pouvez connaître toutes les feuilles de manguier. Si vous observez le tronc du manguier, vous n'avez qu'à observer le tronc d'un seul manguier pour tous les connaître. Tous les autres troncs de manguiers sont pareils. Même s'il y en avait cent mille, je n'aurais qu'à en observer un pour les voir vraiment tous. Le Bouddha a enseigné à pratiquer le Dhamma de cette façon.
Sila, samadhi et pañña sont ce que le Bouddha a appelé magga – mais magga n'est toutefois pas encore le coeur de l'enseignement du Bouddha. Ce n'est pas une fin en soi et ce n'était pas vraiment ce que voulait le Bouddha. Mais c'est la voie qui mène vers l'intérieur. Ce serait comme voyager depuis Bangkok jusqu'à ce monastère, Wat Nong Pah Pong. Ce que vous voulez c'est atteindre le monastère, ce n'est pas la route ou le goudron que vous voulez. Mais vous aurez besoin de la route pour le voyage au monastère. La route et le monastère ne sont pas la même chose – la route n'est que la voie jusqu'au monastère – mais vous devez suivre la route pour atteindre le monastère.

On pourrait dire que ni sila, ni samadhi, ni pañña ne forment le coeur du bouddhisme, mais ils constituent par contre la voie par laquelle le coeur du bouddhisme peut être atteint. Une fois que vous avez pratiqué avec sila, samadhi et pañña au plus haut niveau, la paix apparaît comme résultat. C'est là le but ultime de la pratique. Une fois que l'esprit est calme, même si vous entendez un son, il ne sera pas perturbé. Lorsqu'un tel calme a été atteint, vous ne créez plus rien dans l'esprit. Le Bouddha a enseigné le lâcher prise. Alors quelle que soit l'expérience que vous fassiez, vous n'avez pas à craindre ou à vous faire du souci. La pratique atteint le niveau où elle est vraiment paccatam et parce que vous avez une vision pénétrante directe, vous n'avez plus besoin de croire ce que disent les autres.

Le bouddhisme n'est pas fondé sur quoi que ce soit d'étrange ou d'inhabituel. Il ne dépend pas de différentes sortes de manifestations miraculeuses, de pouvoirs psychiques ou d'habilités surhumaines. Le Bouddha n'a pas loué ni encouragé ces choses. De tels pouvoirs peuvent exister et avec votre pratique de la méditation il est possible de les développer, mais le Bouddha n'en a pas fait l'éloge et ne les a pas encouragé parce qu'ils sont potentiellement une source d'illusions, de tromperie. Les seules personnes dont il a fait l'éloge sont ces êtres qui ont été capables de se libérer de la souffrance. Pour ce faire ils ont dû dépendre de la pratique – nos outils qui sont dana (la générosité), sila, samadhi et pañña. Voilà les choses avec lesquelles nous devons nous entraîner. Ces choses constituent la voie qui mène à l'intérieur, mais pour atteindre la destination finale, il faut d'abord qu'il y ait pañña pour assurer le développement de magga. Magga ou le Noble Octuple Chemin signifie sila, samadhi et pañña. Il ne peut pas grandir si l'esprit est recouvert de kilesa. Si magga est fort il peut détruire les kilesa ; si les kilesa sont forts, ils détruisent magga. La pratique implique simplement ces deux choses qui luttent jusqu'à ce que la fin du chemin soit atteinte. Ils doivent se battre continuellement, sans cesser, jusqu'à ce que le but soit atteint.

Les outils et les supports de la pratique sont des choses qui impliquent des épreuves et de la difficulté. Nous devons compter sur la patience et l'endurance, la retenue et la frugalité.
Nous devons pratiquer pour nous-mêmes, pour que ça vienne de l'intérieur et transforme vraiment notre esprit.
Les érudits, toutefois, tendent à douter passablement.
Lorsqu'ils sont assis en méditation, dès qu'il y a un peu de calme ils commencent à se demander si peut-être ils ont atteint la première jhana6. Ils ont tendance à penser comme ça. Mais dès qu'ils commencent à proliférer, l'esprit se détourne de l'objet et ils sont complètement distraits de la méditation. En un instant, ils sont déjà repartis, pensant que c'est déjà la deuxième jhana. Ne commencez pas à proliférer au sujet de telles choses. Il n'existe pas de points de repère qui vous disent quel degré de concentration vous avez atteint ; c'est complètement différent. Il n'y a pas de signes qui surgissent et disent : « Par ici pour Wat Nong Pah Pong 7 ». Il n'y a rien du tout à lire le long du chemin. Beaucoup de maîtres célèbres ont donné des descriptions de la première, deuxième, troisième et quatrième jhana, mais cette information existe à l'extérieur, dans les livres. Si l'esprit est vraiment entré dans de tels états de calme, il ne connaît rien de pareilles descriptions. Il y a la conscience, mais ce n'est pas pareil aux connaissances que vous acquérez en étudiant la théorie. Si ceux qui ont étudié s'accrochent à ce qu'ils ont appris lorsqu'ils s'assoient en méditation, à prendre des notes sur les expériences qu'ils font et à se demander s'ils ont déjà atteint une jhana, leur esprit sera distrait juste là et se détournera de la méditation. Ils ne développeront pas de véritable compréhension. Pourquoi donc ? Parce qu'il y a le désir. Dès que tanha (la soif, le désir) apparaît, votre méditation, quelle qu'elle soit, ne se développera pas parce que l'esprit se rétracte. Il est essentiel que vous appreniez à renoncer à toute pensée et à tout doute, renoncez-y complètement, à tout. Ne prenez que le corps, la parole et l'esprit, comme ils sont, comme base à votre pratique et rien d'autre. Contemplez les conditions de l'esprit, et ne traînez pas les livres avec vous. Il n'y a pas de livre à l'intérieur, là où vous faites la pratique. Si vous essayez de les prendre avec vous là-dedans, tout va à vau-l'eau parce qu'ils ne seront pas capables de décrire les choses telles que vous en faites réellement l'expérience.



Puissent tous les êtres se libérer de la souffrance.
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THE SANGHA - WAT PAH NANACHAT -ANPHER WARIN, -UBON RAJATHANI 34310 -THAILAND

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