Le châtiment de Tartufe - Arthur RIMBAUD (1854-1891) Hommage

Il y a 161 ans, Arthur Rimbaud naissait un 20 octobre
Tisonnant, tisonnant son coeur amoureux sous
Sa chaste robe noire, heureux, la main gantée,
Un jour qu'il s'en allait, effroyablement doux,
Jaune, bavant la foi de sa bouche édentée,

Un jour qu'il s'en allait, " Oremus ", - un Méchant
Le prit rudement par son oreille benoîte
Et lui jeta des mots affreux, en arrachant
Sa chaste robe noire autour de sa peau moite !

Châtiment !... Ses habits étaient déboutonnés,
Et le long chapelet des péchés pardonnés
S'égrenant dans son coeur, Saint Tartufe était pâle !...

Donc, il se confessait, priait, avec un râle !
L'homme se contenta d'emporter ses rabats...
- Peuh ! Tartufe était nu du haut jusques en bas !
Arthur RIMBAUD

Analyse :
"Commentaire rédigé
Ce poème est le 7ème poème du premier cahier de Douai, il a la forme d'un sonnet, deux quatrains suivis de deux tercets en alexandrins comme les poèmes du second cahier. Il a été écrit probablement lors de son séjour en septembre 1870 à Douai chez les demoiselles Gimbre tantes de son professeur de classe de Rhétorique Izambard. Forme contraignante, le sonnet oppose généralement les tercets aux quatrains. Les deux tercets ne sont pas ici précédés d'un tiret, signe servant à séparer les parties d'une énumération mais un tiret précède une dernière marque de mépris, de dédain au dernier vers "-peuh !", ponctué d'un des multiples points d'exclamation.
Un c½ur sous la soutane 
Le poème Tartufe écrit ici avec un seul f reprend l'anticléricalisme commencé par Rimbaud dans "un c½ur sous la soutane". Cette sale éducation d'enfance qu'il a reçue, voulue par sa mère qui veut l'élever dans un catholicisme strict, et lui fait lire chaque soir la bible, le 'livre du devoir". Dans "un c½ur sous la soutane", Rimbaud nous présente les confidence d'un séminariste Mr Léonard amoureux d'une jeune fille Thimothina Labinette dont il ne pouvait un an après se séparer des chaussettes qu'elle lui avait offert. Les souvenirs de séminariste lui rappellent ses cours de rhétorique, l'art de persuader, avec son professeur Izambard, cours qui étaient communs aux élèves laïcs en blouse et aux élèves en soutane. Il nous dit ici dans ce poème l' aversion, le mépris, le dédain, pour le représentant de l'église qu'il ressentait déjà pour ces élèves en soutane, hypocrites, dénonciateurs auprès du supérieur, moqueurs décrit dans "un c½ur sous la soutane". 
Une religion refoulement
Si le catholicisme mérite tant pour Rimbaud d'être ainsi "châtié", c'est parce que la religion qui contribue à renforcer un ordre social injuste est aussi coupable du refoulement du corps et de la sexualité. La religion ment, elle opprime les pauvres qui "bavent une foi mendiante et stupide" en guise de prière. La religion si elle leur apporte un peu de réconfort ne les soulage en rien de leurs difficultés, mais leur apporte un sentiment de culpabilité, de refoulement de leur corps et de leur sexualité. Notre clerc qui tisonne pour rallumer son c½ur généreux est pris à son propre piège de la chasteté. L'église est un obstacle aux expériences sexuelles et va à l'encontre des appétits naturels. Rimbaud se venge du sup** d'un c½ur sous la soutane qui l'avait convoqué et "craché" sur sa poésie" en chuchotant des "orémus". Il inverse les rôles, en violentant le représentant de la religion, en le ridiculisant en le mettant nu. Cette violence peut paraître bien facile mais elle n'est pas gratuite car notre poète range le catholicisme à coté de la bourgeoisie à bedaine soucieuse de l'ordre social établi responsable des asservissements, freinant les instincts naturels, les élans vitaux. On se souvient du reproche des "jambes trop écartées" d'un c½ur sous la soutane. A travers la religion, Rimbaud se révolte contre une société déchue, étouffante dont la religion est un des piliers.
Une inspiration hugolienne 
Pour tout lecteur habitué au ton méprisant de Rimbaud, si notre poète traite ici à sa façon son aversion pour lesreprésentants de l'église qu'un méchant tire par l'oreille et dénude, il joue sur l'ambiguïté. Châtiment rappelle trop Hugo et ses démêlés avec Napoléon III pour que chacun puisse admettre que le tartufe n'est autre que Napoléon III. Pour rendre l'analogie encore plus vraie, il reprendra dans son dernier vers le texte du Tartuffe de Molière dont il retirera un f. Rimbaud craint que l'humanité et donc lui même ne fasse les frais de tous ces "châtiments" qui ravagent le monde et il n'a pas envie de finir au "gibet noir" du "bal des pendus".
Conclusion
Rimbaud avait écrit "je serai parnassien", mais par son inspiration, ses thèmes, il se situe aux antipodes du Parnasse car sa poésie est directement et politiquement engagée. Dans le châtiment de Tartufe, c'est un Rimbaud ricanant qui s'attaque à l'un des piliers de l'ordre social, la religion qui constitue un frein aux énergies. Notre apprenti poète de dix-sept ans, encore bien sage, nous apparaît plus comme un enfant frustré qu'il renvoie sur la religion en frustrant son représentant de ses signes extérieurs."


Source :http://rimbaudexplique.free.fr/poemes/chatiment.html
Vous voulez "diriger" tout autour de vous, commander, être le berger..Mais comment faire ? Ma foi, parlez au nom de dieu, soyez sans pitié, imposer la loi divine (la votre quoi, à votre sauce...) Légitimité garantie...? ;)
Dayofdoom qui remercie la terre entière de lui fournir matière pour composer ce blog. 

Tags : Rimbaud - Ardennes - Age d’or - Poèmes... - hommage - poète dont Paul Claudel écrivait qu'il fut un mystique à l'état sauvage - Le châtiment de Tartufe - le Prêtre Impie

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Comments :

  • dayofdoom

    20/10/2015

    l'idée de cet article est de rendre hommage à Rimbaud et aussi de démontrer que sous les apparences, un être humain reste humain, avec ses forces et ses faiblesses. Il faut différencier la religion (livres saints etc) et les hommes.

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